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"Une expression culturelle exceptionnelle"

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« Contrairement à d’autres pays colonisés dans le passé, Haiti surmonte sa fatalité historique faite d’impostures et de luttes permanentes vers un état de droit. Haiti vit et s’affirme principalement par la créativité, autrement dit par son expression culturelle presque exceptionnelle dans la Caraibe. »


Jean Claude Garoute, dit Tiga.

Hector Hyppolite - Collection privée

Voici sans doute, extraite d’une conférence donnée à Bruxelles par Jean Claude Garoute en 1995, une  réponse essentielle apportée à la question de la singularité créative d’Haiti soulevée par André Malraux

 

L’originalité de la voix unique de l’art haitien découle, dans le lit de la religion vaudou, de l’acharnement éperdu des esclaves à survivre à leur arrachement à l’Afrique et à  perpétuer les modes de vie, les croyances et les codes d’expression et de représentation des sociétés dont ils étaient à jamais coupés.  


Haiti, et cela scelle son identité et l’originalité de son art, est le premier peuple noir à gagner par les armes son indépendance et à revendiquer, dès 1804, sa propre culture. Une culture de l’exil, née dans le dénuement absolu de l’esclavage mais nourrie de la mémoire des traditions Ibo et Yorouba du Nigéria ou Fon du Dahomey et trempée du sang versé à la traite négrière.

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Une brève incursion dans l’histoire haitienne


 

Lorsqu’en décembre 1492, Christophe Colomb à la tête d’une flottille espagnole aborde Ayti et la nomme Hispaniola, l’ile est occupée par une population d’environ 100 000 indiens Arawaks et Tainos.


Réduits en esclavage, affamés, décimés par les maladies infectieuses arrivées avec les Espagnols ou harassés dans les mines d’or, ils disparaitront en quelques dizaines d’années.  Ils seront remplacés par des esclaves venus d’Afrique, pour certains de la « Côte des esclaves », Togo, Bénin, Nigéria, pour d’autres, des Bantous d’ Angola ou du sud du Bénin actuel.


Très vite, des flibustiers français occupèrent la partie ouest de l’ile, désertée par les espagnols pour sa pauvreté en minerai. Une colonie s’y développa, prospérant sur la culture du tabac, de la canne à sucre et de l’indigo et fut reconnue française sous le nom de Saint Domingue par le traité de Ryswick en 1697.


400 000 esclaves y servaient alors la souveraineté de la France. En 1793, la révolte des esclaves, en écho à la révolution française, aboutit à la promulgation de l’abolition de l’esclavage par la Convention.


Toussaint Louverture, gouverneur de Saint Domingue, élabore alors une constitution autonomiste qui provoquera l’envoi par Napoléon Bonaparte d’une expédition de 30 000 hommes destinée à le démettre. Au terme de combats acharnés les troupes françaises seront défaites à Vertières par les anciens esclaves commandés par Jean-Jacques Dessalines. 


Le 1er janvier 1804, l’indépendance d’Haiti est proclamée. 40 ans plus tard, la partie est de l’ile promulguera la sienne et deviendra la république dominicaine.

Ainsi, les premières formes hybrides de l’art naif haitien combinent-elles les influences mêlées de l’art africain, de la culture française imposée aux colonies du Nouveau Monde (Guadeloupe, Martinique, Louisiane, Québec et Guyane) et celle née des bouleversements sociaux engendrés par la créolisation. Pour autant, s’il y eut métissage culturel et naissance d’une expression originale syncrétique, ils  restèrent mesurés tant était forte et vive la présence des esprits africains.  

 

Lorsqu’au début de l’époque coloniale, la création artistique des esclaves empruntait aux images saintes ou aux légendes catholiques, la liberté de cette appropriation était absolue et les manipulations dont elle faisait l’objet exprimaient d’autant les souffrances nées du déracinement. L’art, source de survie spirituelle et physique, nourrissait la mémoire collective et affirmait, au plus sombre de l’asservissement, le respect de soi et  la quête  d’autonomie.

 

La peinture, assimilée et défendue dès 1807 (création de la première Académie de peinture haitienne au Cap-Haitien par Henri Christophe) tint le même rôle salutaire bien au delà de la déclaration d’Indépendance, lorsque Haiti, son économie agricole effondrée, connut une paupérisation extrême et des troubles sociaux permanents. Cette peinture s’épanouit sous les gouvernements de Pétion, Boyer, Soulouque (qui fonda en 1850 l’Académie Impériale de Peinture), portée par des artistes tels que Thimoleon, Dejoie, Numa Desroches ou Colbert Lochard, et fut impulsée entre autre par les commandes des académies d’art françaises.


Elle se déploya dans une Haiti misérable, allumée de violences, tyrannisée par une succession de monarchies ineptes, de dictatures sanglantes et de coups d’état, une situation dramatiquement aggravée par des catastrophes (sur)naturelles répétées qui s’est perpétuée jusqu’à aujourd’hui.

La peinture haitienne moderne

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La peinture haitienne contemporaine doit sa reconnaissance internationale à l’opiniâtreté d’un homme, Peters De Witt, un professeur américain missionné en Haïti en février 1943. Fils de peintre et peintre lui-même, il tomba sous le charme des toiles naïves qu’il découvrit alors et abandonna l’enseignement pour se consacrer à la création d’une école d’art à Port au Prince. Il y mit ses deniers, fit intervenir ses relations intellectuelles et politiques et obtint finalement du président haïtien Elie Lescot l’ouverture en  mai 1944 du « Centre d’Art » de Port au Prince.

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Hector Hyppolite - Collection privée

Wilson Bigaud - Collection privée

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Textes : JL Clergue - S.Morel