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« Contrairement à d’autres pays colonisés dans le passé, Haiti surmonte sa fatalité historique faite d’impostures et de luttes permanentes vers un état de droit. Haiti vit et s’affirme principalement par la créativité, autrement dit par son expression culturelle presque exceptionnelle dans la Caraibe. »

Jean Claude Garoute, dit Tiga.

Tiga nouvelliste

Voici sans doute, extraite d’une conférence donnée à Bruxelles par Jean Claude Garoute en 1995, une  réponse essentielle apportée à la question de la singularité créative d’Haiti soulevée par André Malraux

L’originalité de la voix unique de l’art haïtien découle, dans le lit de la religion vaudou, de l’acharnement éperdu des esclaves à survivre à leur arrachement à l’Afrique et à  perpétuer les modes de vie, les croyances et les codes d’expression et de représentation des sociétés dont ils étaient à jamais coupés.  

Haiti, et cela scelle son identité et l’originalité de son art, est le premier peuple noir à gagner par les armes son indépendance et à revendiquer, dès 1804, sa propre culture. Une culture de l’exil, née dans le dénuement absolu de l’esclavage mais nourrie de la mémoire des traditions Ibo et Yorouba du Nigéria ou Fon du Dahomey et trempée du sang versé à la traite négrière.

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Hector Hyppolite - Collection privée

Ainsi, les premières formes hybrides de l’art naif haitien combinent-elles les influences mêlées de l’art africain, de la culture française imposée aux colonies du Nouveau Monde (Guadeloupe, Martinique, Louisiane, Québec et Guyane) et celle née des bouleversements sociaux engendrés par la créolisation. Pour autant, s’il y eut métissage culturel et naissance d’une expression originale syncrétique, ils  restèrent mesurés tant était forte et vive la présence des esprits africains.  

Lorsqu’au début de l’époque coloniale, la création artistique des esclaves empruntait aux images saintes ou aux légendes catholiques, la liberté de cette appropriation était absolue et les manipulations dont elle faisait l’objet exprimaient d’autant les souffrances nées du déracinement. L’art, source de survie spirituelle et physique, nourrissait la mémoire collective et affirmait, au plus sombre de l’asservissement, le respect de soi et  la quête  d’autonomie.

La peinture, assimilée et défendue dès 1807 (création de la première Académie de peinture haitienne au Cap-Haitien par Henri Christophe) tint le même rôle salutaire bien au delà de la déclaration d’Indépendance, lorsque Haiti, son économie agricole effondrée, connut une paupérisation extrême et des troubles sociaux permanents. Cette peinture s’épanouit sous les gouvernements de Pétion, Boyer, Soulouque (qui fonda en 1850 l’Académie Impériale de Peinture), portée par des artistes tels que Thimoleon, Dejoie, Numa Desroches ou Colbert Lochard, et fut impulsée entre autre par les commandes des académies d’art françaises.

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Wilson Bigaud - Collection privée

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Elle se déploya dans une Haiti misérable, allumée de violences, tyrannisée par une succession de monarchies ineptes, de dictatures sanglantes et de coups d’état, une situation dramatiquement aggravée par des catastrophes (sur)naturelles répétées qui s’est perpétuée jusqu’à aujourd’hui.

Eddy Jacques - Collection privée

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