DU CENTRE D'ART A ST. SOLEIL

La peinture haïtienne moderne doit sa reconnaissance internationale à l’opiniâtreté d’un homme, Peters De Witt, un professeur américain missionné en Haïti en février 1943. Fils de peintre et peintre lui-même, il tomba sous le charme des toiles naïves qu’il découvrit alors et abandonna l’enseignement pour se consacrer à la création d’une école d’art à Port au Prince. Il y mit ses deniers, fit intervenir ses relations intellectuelles et politiques et obtint finalement du président haïtien Elie Lescot l’ouverture en  mai 1944 du « Centre d’Art » de Port au Prince.

En plus de ses étudiants traditionnels, il y accueillit sans distinction de classe ou d’éducation et soutint matériellement des peintres autodidactes, dont, très vite, il fit connaître les noms au monde entier; Hector Hyppolite, prêtre vaudou, qui produisit son œuvre en trois ans, de 1945 à 1948, Philomé Obin, Benoit Rigaud, le  cercle originel, puis Préfète Duffaut,  Wilson Bigaud, Bazile Castera, Adam Leontus, Gabriel Levêque, qui exécutèrent entre 1945 et 1950 les peintures murales de la cathédrale Sainte Trinité de Port-au-Prince. D’autres encore, Enguerrand Gourge, Stephane Micius,  Robert St Briceou Auguste Toussaint participèrent de cette émergence soudaine d’une expression majeure qui suscita aussitôt un engouement international et la vive admiration du monde de l’art. Ainsi le poète français surréaliste André Breton, lors de voyages effectués en Haiti en 1943 et 1945, se prit-il d’admiration pour la peinture haitienne qu’il découvrit et le fit savoir dans un texte qu’il consacra à Hector Hyppolite. Jean Paul Sartre, en 1949 s’enthousiasma de même et en témoigna.

Toute médaille a son revers.  Le succès de la décennie fondatrice qui suivit la création du Centre d’art généra une période de surproduction mercantile et de commercialisation euphorique. Profit oblige, la qualité de l'art naif fit place à sa quantité, et son inspiration au tropicalisme consensuel. La peinture haitienne d’excellence ne disparut pas, la créativité ne se tarit pas,  loin s’en faut, elles s’épanouirent dans différentes écoles, l'école de l'Artibonite initiée par Ismaël Saincilus, l'Ecole du Nord autour de Philomé Obin, ou l'Ecole du Sud de Prefete Duffaut. Naîtront également  des mouvementstels  « l’Ecole de la Beauté » initiée par Jean-René Jérôme et Bernard Séjourné au  milieu des années 60 où s’illustreront Simil, Philippe Dodard, Jean Claude Legagneur, Ralph Allen et d’autres.

Hector Hyppolite

Ce mouvement, positionné à la fois contre les primitifs du Centre d’Art de Dewitt suspectés de complaisance pro-américaine et ses dissidents du Foyer des Arts Plastiques (Gesner Armand, Elzire Malebranche, Max Pinchinât, Villard Denis, Michèle Manuel, Luckner Lazar, etc.) opposa à la misère, à la cruauté de la vie et à la répression politique, une vision douce et  bienveillante.  Nulle dénonciation sociale dans ce regard, mais une approche apaisée, une recherche de beauté formelle qui séduisait une clientèle locale aisée et ouvrait une voie jusque là inexplorée à la peinture haitienne.

Philippe Dodard - Collection privée

Bernard Séjourné - Collection privée

LucknerLazar Collection privée

Au début des années 1970 apparut une peinture déroutante, aventureuse et sans référent, nourrie au lait pur des croyances Vaudou. La communauté de Saint Soleil, crée par les artistes et intellectuels Jean Claude Garoute dit « Tiga » et Maud Robart à Soissons-la-Montagne, un hameau de la commune de Kenskoff perché à 1000 mètres au dessus de Port au Prince, est au cœur de cette peinture nouvelle.

Ralph Allen - Collection privée

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Creation JL Clergue