BACO 

L’atelier du forgeron est le théâtre d’un drame puissant. Des outils rudes, enclumes, tranches, soufflet, tenailles, des marteaux lourds, ces « demoiselles » qui dansent en secouant les étincelles de leur robe et marquent de leurs talons l’ouvrage rougi, y côtoient des empilements de matières dures, gueuses de fer ou d’acier, charbon, tabliers et gants de cuir rêche. Il règne là, par l’union du feu, de l’air  et de l’eau, un mystère sombre dont nos mythes se nourrissent. Car le fer touche l’âme, il est partout et porte en lui une mémoire très ancienne dont il dépose les limailles en chacun de nous.

Le travail de Yann Baco, son dialogue démiurgique avec le fer rougi, tour à tour violent et dressé d’orgueil puis humble et apaisé,  se joue dans ce lit intemporel. Si ce travail n’est “ni d’ici, ni de maintenant”, c’est qu’il est de là bas, ramené du cœur de ces négociations inouïes avec la matière. Le fer au feu est battu, la brutalité est absolue, mais il ne cède rien : il accepte et parfois refuse les terribles contraintes organiques et mécaniques qu’il subit, il s’assouplit, s’étend, ploie ou se redresse comme à sa guise pour mieux se dévoiler. Et lorsqu’enfin le compromis est trouvé, que de ce combat âpre surgit l’épure, le fer incandescent retrouve à son rythme,  sans trempe, sa température naturelle. Afin, tout simplement qu’aucun désordre, aucune altération chimique ou moléculaire n’entache la grâce qu’il nous fait.

Loin du tumulte de la forge, loin de la violence que le fer y subit et des exploits qu’il concède, les œuvres de Yann Baco sont toutes de paix et de concorde. Et ce n’est que justice en somme, tant l’engagement fut loyal de part et d’autre, qu’à son terme des scories d’universel, en vrai une pure poésie, soient révélées. 

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